Mali : une transition au pas de charge

Mali : une transition au pas de charge

Mali : une transition au pas de charge

/ POLITIQUE / Wednesday, 06 January 2021 13:39

Par Sneiba Mohamed

Au Mali, la transition « démocratique » prend de plus en plus des allures militaires. Dernier acte posé par la junte qui a déposé le président Ibrahim Boubacar Keita le 18 août 2020 : la nomination de gouverneurs militaires dans 13 des 20 régions que compte le pays ! Une manœuvre que d’aucuns voient de diverses façons.

Elle pourrait rentrer dans le cadre de la préparation des futures élections générales en permettant au colonel Assimi Goïta, vice-président de la transition, d’encadrer des opérations électorales à enjeux multiples. Cette prise du pouvoir dans les régions pourrait aussi avoir un objectif plus « sain ». Inscrite dans la durée, la nomination de gouverneurs militaires, surtout dans les provinces du nord et du centre, sous la menace permanente des groupes terroristes, est une manière d’assurer une gestion spartiate d’une administration territoriale défaillante. Le redécoupage administratif qui fait passer les régions de 15 à 20 pourrait avoir des visées sécuritaires mais le contexte préélectoral laisse également entrevoir la possibilité d’une redistribution avantageuse, pour les militaires, des cartes politiques.

Ces aménagements qu’une partie de la classe politique malienne assimile à un accaparement des affaires par des militaires devenus envahissants ne devraient cependant pas perturber le cours d’une transition convenu avec la communauté internationale et notamment avec la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedao).

Le Mali est entré, en septembre 2020, dans une nouvelle période de transition. La junte au pouvoir depuis le coup d’Etat du 18 août 2020, avec à sa tête Assimi Goïta, a désigné l’ancien ministre de la Défense Bah Ndaw pour conduire cette transition. Le 27 septembre, Moctar Ouane, un diplomate de carrière, a ensuite été nommé Premier ministre de la transition. On pensait alors que le processus était bien engagé pour qu’une équipe civile mène la transition, au bout des 18 mois convenus, vers le retour des institutions démocratiques « gelées » par un énième coup de force.

Le nouveau processus électoral, surveillé de de très près par la Cedeao, est donc mal engagé si les militaires devaient manœuvrer pour marquer durablement la période post-transitoire. Pire, Assimi Goïta, l’homme fort du moment, pourrait même être tenté de prolonger la transition en évoquant un cas de force majeure, comme la multiplication des attaques terroristes dans un pays dont les deux tiers échappent au contrôle effectif du pouvoir central, ou encore l’absence de coopération d’une partie de la classe politique peu encline à accorder sa confiance aux hommes en tenue.

Venus mettre un terme à une crise politique et sociale qui durait depuis plusieurs mois, les tombeurs du président IBK sont en train de recréer les conditions d’une autre « tension » avec seulement le changement d’une partie des protagonistes.

Le premier couac de la transition a été le mode de désignation des membres du conseil national puis d’un gouvernement de 25 membres. Le colonel Assimi Goïta, principal auteur du coup d’Etat, qui s’était arrogé le poste de vice-président du CNT, faute d’en être le président, avait la main sur tout. Le mouvement de contestation entamé par plusieurs partis politiques et le M5 n’a pas réussi à détourner le cours d’une transition que la junte a décidé apparemment de mener au pas de charge.

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