Tanzanie : le président John Magufuli tire sa révérence 

Tanzanie : le président John Magufuli tire sa révérence 

Tanzanie : le président John Magufuli tire sa révérence 

/ POLITIQUE / Thursday, 18 March 2021 16:52
source photo: mbote.cd
 
Par Sneiba Mouhamed 

Le décès du président John Magufuli, à 61 ans, annoncé ce mercredi 17 mars a été accueilli avec tristesse en Tanzanie, où un deuil national de deux semaines a été annoncé par la vice-présidente Samia Suluhu Hassan. Le président tanzanien « est décédé des suites d'une maladie cardiaque », révèle-t-on à Dar es Salam, où il était soigné. N’étant plus apparu publiquement depuis le 27 février, John Magufuli avait suscité beaucoup de rumeurs sur son état de santé, dont la plus répandue était son affection par le COVID-19, ce qui n’est pas étonnant étant donné qu’aucune mesure barrière n’ont été prises dans ce pays.

Le décès de John Magufuli, premier président à mourir durant l’exercice de ses fonctions en Tanzanie, ouvre la voie à la vice-présidente Samia Suluhu Hassan qui, selon les dispositions de la constitution du pays, doit parachever le quinquennat du disparu, réélu le 28 octobre 2020 pour un second mandat. Samia Suluhu Hassan, âgé de 61 ans, sera la première femme présidente de Tanzanie, elle assurera ses fonctions les quatre prochaines années, avec la possibilité de se représenter à la prochaine présidentielle.

John Magufuli, né le 29 octobre 1959, aura connu un parcours politique exceptionnel. Titulaire d’un doctorat en chimie à l’Université de Dar es Salam, il sera plusieurs fois ministre (Élevage et Pêche, les Terres, le Logement et les Travaux publics), avant de connaître la consécration de son engagement politique, le 5 novembre 2015, en remportant l’élection présidentielle au nom du Chama cha Mapinduzi (CCM), premier parti de Tanzanie. Il succède à Jakaya Kikwete et devient ainsi le cinquième président de son pays en 60 ans, ce qui dénote d’une relative stabilité politique.

Son parcours de ministre, entre 2010 et 2015, lui valut le surnom de Tingatinga (le « bulldozer » en swahili), ses concitoyens appréciant son travail remarquable dans la construction de nouvelles routes très modernes.

Dès son élection en 2015, John Magufuli entama une gouvernance hardie contre le train de vie de l’État et contre la corruption. Il sévit, par exemple, contre les dépenses pour des cérémonies fastidieuses, les frais de mission importants et les indemnités des députés. Tout ce qui n’est pas nécessaire est réduit à sa plus simple expression. Le superflu est tout simplement supprimé. Voulant se donner en exemple, il réduit son salaire de 15 000 à 4 000 dollars par mois, devenant l’un des présidents africains les moins payés. Concernant sa lutte contre la corruption, l’argent récupéré grâce à des opérations « coups de poing » était réinvesti dans les secteurs sociaux de l’éducation et de la santé.

Il mena également une lutte acharnée contre les sociétés minières opérant dans son pays en reconsidérant les lois régissant l’attribution des contrats d’exploitation minière. Ces contrats se devaient d’être gagnant-gagnant, au risque d’être purement et simplement rompus. Alors que dans plusieurs pays africains (Guinée, Mauritanie, Ghana, etc.) les multinationales minières s’arrangent pour ne donner que des « miettes » à leurs partenaires africains (entre 3% et 10% de royalties), le président John Magufuli parvient à arracher à ces sociétés jusqu’à 16%. Mais cette politique de lutte anti-corruption a également constitué une sorte d’épouvantail pour les investisseurs étrangers dont la présence en Afrique est uniquement basée sur le profit.

Malgré ces orientations, que l’on pourrait qualifier de « communistes », la Tanzanie était bien lancée sur la voie de l’émergence, avec l’une des plus fortes croissances économiques du continent (5,8 % en 2018 et 6 % estimés pour 2019 selon le FMI). Les infrastructures, en particulier ferroviaires, étaient devenues un secteur prioritaire. Le soutien de la Chine allait provoquer le courroux des États-Unis. L’une promet de soutenir des projets économiques, les autres dénoncent des manquements à la démocratie et n’hésitent pas à suspendre la participation de la Tanzanie au Millennium Challenge Account, un fonds de développement bilatéral, créé par le Congrès américain en 2004, sous la présidence de George W. Bush.

Accusé de dérives autoritaires, le président défunt avait limité sensiblement certaines libertés individuelles et collectives, en fermant des médias (radios et télévisions) et en interdisant les moyens de contraception. 

Avec la mort John Magufuli, la Tanzanie se retrouve à nouveau à la croisée des chemins. On observe maintenant comment sa remplaçante va se comporter dans un État fédéral au système politique unique en son genre en Afrique. Elle aura le choix de poursuivre son agenda économiquement réussi, mais politiquement contesté, ou bien se choisir sa propre voie dans un pays où la démocratie régresse depuis 2015, la Tanzanie passant du 75ème rang au 129ème rang.

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