Géopolitique de l’Afrique : Sud Soudan, un Etat par défaut

Géopolitique de l’Afrique : Sud Soudan, un Etat par défaut

Géopolitique de l’Afrique : Sud Soudan, un Etat par défaut

/ POLITIQUE / Sunday, 25 July 2021 17:51
source photo: Paris Match

Par Sneiba Mohamed 

Le Soudan du Sud est devenu le 54ème Etat membre de l’Union Africaine (UA), suite au référendum d’autodétermination organisé du 9 au 15 janvier 2011, avalisant sa sécession de la République du Soudan le 9 juillet 2011. Mais les nombreux  problèmes qui l’ont assailli par la suite, avec la lutte pour le pouvoir de deux clans rivaux, celui de SalvaKiir et de Riek Machar, respectivement président et vice-président de cette nouvelle « république bananière », vont montrer les limites d’une « indépendance » dont les réjouissances se noient dans les effluves de la guerre civile.

Aujourd’hui, le Sud Soudan est un Etat failli.  C’est le constat que l’on peut faire alors que ce pays a bénéficié, dès sa création, de la reconnaissance internationale. Celle de l’Assemblée des Nations unies, le 14 juillet 2011, par la voix de son président, Joseph Deiss, suite à un vote par acclamation qui fait officiellement de la République du Soudan du Sud le 193ème État membre de l’ONU, de l’Union africaine (UA), le 27 juillet 2011, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, le 18 avril 2012, qui inscrivent le Soudan du Sud comme le 188ème pays membre des institutions de Bretton Woods.

On pensait, à tort, que le plus difficile était fait quand les rebelles du Sud Soudan, continuant la lutte menée par le leader historique du mouvement, John Garang, chef historique du mouvement rebelle Anyanya et de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), mort dans un accident d’hélicoptère, le 30 juillet 2005, ont poussait Khartoum à accepter l’indépendance du sud animiste et chrétien. Mais les appétits politiques des uns et des autres vont prolonger une guerre pour l’indépendance par une guerre civile.

Dès 2013, le Soudan du Sud entre dans une guerre civile particulièrement meurtrière et sanglante entre les partisans du Président de la République SalvaKiir et ceux du Vice-président de la République Riek Machar.

Il faut dire aussi que les pays limitrophes du Soudan du Sud (le Soudan au nord, l’Éthiopie à l’est, le Kenya à l’est-sud-est, l’Ouganda au sud-est, la République démocratique du Congo au sud-sud-ouest et la République centrafricaine à l’ouest) ne sont pas étrangers à cette instabilité, chacun essayant de « contrôler » le nouveau pouvoir à Djouba dans le cadre d’un rééquilibrage géostratégique sous régionale et régionale. A cela s’ajoute aussi des enjeux économiques évidents, le Sud Soudan disposant de ressources minières non négligeables (pétrole, fer, cuivre, chrome, zinc, tungstène, mica, argent, or) et étant aussi un pays particulièrement bien arrosé par de nombreux cours d’eau. Les principaux sont le Nil Blanc et son affluent le Bahr el-Ghazal, qui contribuent à la fertilisation des régions qu’ils traversent.

L’éclatement de la Fédération du Sud Soudan qui passe de 10 Etats convenus entre les deux clans politiques rivaux à 28 raniment les tensions et recréent les conditions d’une instabilité durable.

En effet, le 2 octobre 2015, le président du Soudan du Sud, SalvaKiir, a déposé un décret instituant une Fédération à 28 États. La justification qu’il livre de ce passage de 10 à 28 États fédérés « pour permettre la décentralisation du pouvoir », « améliorer les services postaux » et « donner plus de pouvoir au peuple » ne convainc pas son partenaire Riek Machar, qui a protesté contre ce décret présidentiel qui met selon lui « en péril l’accord de paix signé entre le gouvernement et les rebelles le 26 août 2015 qui était basé sur 10 États. » Cet accord prévoyait en effet le partage des postes exécutifs locaux des 10 États entre les deux parties.

Ceux qui ont soutenu l’indépendance du Sud Soudan peuvent donc penser que la mémoire de John Garang a été trahie. La faillite de ce jeune Etat qui vient de fêter ses dix ans donne raison, à contrario, aux partisans d’une Afrique « intégrée », privilégiant la tendance des regroupements et non celle de l’éclatement.

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