Tunisie : quand la démocratie trébuche

Tunisie : quand la démocratie trébuche

Tunisie : quand la démocratie trébuche

/ POLITIQUE / Friday, 30 July 2021 18:12

Par Sneiba Mohamed

Le 24 juillet 2021, le président tunisien Kaïs Saïed a frappé un grand coup en annonçant la suspension pour trente (30) jours de l’assemblée nationale et en limogeant le chef du gouvernement Hichem Mechichi. Ce que beaucoup d’observateurs considèrent comme une volonté de desserrer l’étau de la Ennahda, le parti islamiste majoritaire au parlement, et de provoquer de nouvelles élections, est aussi une remise en cause implicite de la révolution tunisienne de 2011, connue pour être le début du « printemps arabe » ayant entraîné la chute de bon nombre de présidents : Ben Ali (Tunisie), Moubarak (Égypte), Kaddafi (Libye), Bouteflika (Algérie), El Béchir (Soudan) et Abdalla Saleh (Yémen). Le seul « échec de ces soulèvements populaires a été enregistré en Syrie avec le maintien au pouvoir de Béchar Al Assad, à l’issue d’une âpre guerre civile dans laquelle le dictateur de Damas a été soutenu par la Russie de Poutine et le Hezbollah libanais.

En pleine crise sanitaire - avec une situation jugée hors contrôle, ayant nécessité les dons provenant de pays européens et du Golfe, de Tunisiens de la diaspora et de simples citoyens pour permettre à la Tunisie frappée de plein fouet par le Covid-19 d’éviter une « catastrophe » sanitaire, selon des professionnels de santé - le bras de fer que le président Kaïs Saïed, élu sans parti, le 13 octobre 2019, constitue un nouveau tournant dans le processus démocratique tunisien amorcé il y a tout juste une décennie avec la chute de Ben Ali, le 11 janvier 2011. Ce qui était considéré comme un nouveau départ s’est avéré n’être qu’une pause, avec l’instabilité politique qui s’est poursuivie jusqu’à ce coup de poker de Kaïs Saïed.

L’attelage avec les islamistes n’étant plus possible, avec un blocage qui dure depuis six mois, le président tunisien n’a plus comme choix politique risqué que de provoquer de nouvelles élections. Avec l’espoir que les Tunisiens eux-mêmes aient compris la nécessité de donner une majorité claire au camp de ce président, élu sous la casquette « d’indépendant » mais soutenu par des formations politiques et des organisations de la société civile qui ne veulent pas d’une Tunisie mise en coupe réglée par les Frères musulmans du parti Ennahda.

Ce que l’on craint en Tunisie est de voir le rejet des Frères musulmans provoquer le retour insidieux de la dictature, comme cela est arrivé en Egypte avec le cycle Moubarak-Morsi-Sissi. Car si la décision prise par Kaïs Saïed est à priori conforme à l’article 80 de la constitution tunisienne, elle n’en constitue pas moins une première entorse à une bipolarité politique qui a permis au président de la République de fumer le calumet de la paix avec les deux partis majoritaires à l’assemblée du peuple, à savoir Ennahda et Qalb Tounes.

Il faut donc reconnaître que le peuple tunisien joue à nouveau les arbitres entre deux camps qui se réclament, tous deux, de la Révolution ayant provoqué la chute de Ben Ali par la conjugaison de leurs efforts mais qui s’opposent aujourd’hui pour la maîtrise du pouvoir ! Les élections à venir doivent donner à l’un ou à l’autre une victoire nette lui permettant de mener sereinement les stratégies de développement qui fondent sa stratégie politique.

L’exemple de la Tunisie vient démontrer, une fois de plus, avec ce qui se passe au Mali, au Tchad et dans d’autres pays où les tensions sociales et politiques couvent, en attendant d’être réveillées par un acte délibéré, que la démocratie en Afrique est encore en construction.

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