Mali: quand les militaires s’occupent de la politique, les djihadistes sèment la terreur

Mali: quand les militaires s’occupent de la politique, les djihadistes sèment la terreur

Mali: quand les militaires s’occupent de la politique, les djihadistes sèment la terreur

/ POLITIQUE / Tuesday, 10 August 2021 18:14

Ce qui se passe au Mali est vraiment désolant. Une honte pour ce pays failli et pour toute l’Afrique qui, soixante ans après les indépendances, n’a pas encore fini avec les coups d’État à répétition.

Les 51 civils tués dernièrement font partie de la longue liste des victimes des attaques terroristes quasi quotidiennes alors qu’une poignée de colonels vautrés dans leurs bureaux feutrés échafaudent de maléfiques plans pour étirer une transition censée pourtant finir dans quelques mois.

Quand les militaires désertent ce pour quoi ils ont été formés, à savoir la défense de la patrie contre les ennemis extérieurs et intérieurs, il y a forcément à se demander s’il ne faut pas opter pour le choix d’un État sans armée ! Un peu à l’image du Liechtenstein ou du Costa Rica ! Ce dernier ne possède même pas de force de sécurité. Il s’agit du premier pays à avoir supprimé son armée, en 1949, avant de proclamer, en 1983, sa « neutralité active. »

Une armée qui déserte l'arrière-pays est indigne. Massacres, déplacements massifs des populations et psychose aux répercussions négatives incalculables sont les fâcheux résultats d’une mainmise des djihadistes sur la zone dite des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso).

Dans un récent rapport de l’ONG Acled (The Armed Conflict Location & Event Data Project) intitulé « Sahel », la situation est des plus inquiétantes : « Le nombre de civils tués au Burkina Faso, au Mali et au Niger a été multiplié par 7 (sept) en 3 ans pour s’établir à 2440 en 2020 ». La même source a ajouté que le nombre de militaires tués au cours de la même période a été multiplié par trois pour s’établir à 1000 morts en 2020 dans les trois pays.

« En 2020, au Mali, davantage de civils ou suspects non armés ont ainsi été tués par les forces de défense et de sécurité (FDS), censées les protéger (35%) que par des groupes dits djihadistes (24%). 32% des décès sont imputables à des milices communautaires dites d’autodéfense, qui agissent parfois en collaboration avec les FDS, et 9% à des groupes ou individus non-identifiés », notent les auteurs du rapport.

La malédiction des pays africains n’est pas seulement économique. Elle n’est plus traduite par cette célèbre boutade qui lie notre sort à la gestion de nos ressources naturelles, notamment minières et pétrolières, mais à l’existence d’armées non républicaines dont les chefs sont assoiffés de pouvoir.

La situation intenable vécue au Mali met à nu non seulement l’incapacité de la junte militaire au pouvoir à agir conséquemment contre les groupes djihadistes mais aussi celle de la communauté internationale qui accepte, malgré elle, le fait accompli, à chaque fois qu’un militaire « fou » de pouvoir troque son uniforme contre un costume de président qui n’est pas taillé pour lui.

L’Union africaine, l’Onu et les partenaires économiques et financiers des pays récalcitrants à la démocratie doivent agir au plus vite pour faire cesser ces dérives, en faisant preuve de fermeté contre les putschs qu’on croyait devenus d’un autre âge. Les sanctions limitées dans le temps et dans l’espace n’ont aucun effet sur des putschistes qui savent que, finalement un compromis, au goût de compromission pour la communauté internationale, sera trouvé. C’est un encouragement aux récidives que nous avons observées dans plusieurs pays de cette sous-région sahélienne qui est en train de se distinguer en faisant des coups d’Etat une sorte de label.

Les dynamiques pour sécuriser les pays du Sahel contre les groupes djihadistes ne doivent pas être dépendantes, dans leurs conceptions et exécutions, de la présence de troupes étrangères, notamment françaises (Barkhanes).

Au lieu de tuer la démocratie, en prétextant la « soigner » par la destitution d’un président civil élu, fût-il un dictateur, les « occupants » du palais de Koulouba (présidence malienne) doivent protéger le peuple en descendant au front. C’est le seul engagement patriotique qui vaille.

Sneiba Mohamed

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