Guinée Bissau : Gros risques de retour à l’instabilité politique sur fond de narcotrafic  

Guinée Bissau : Gros risques de retour à l’instabilité politique sur fond de narcotrafic  

Guinée Bissau : Gros risques de retour à l’instabilité politique sur fond de narcotrafic  

/ POLITIQUE / Sunday, 15 August 2021 14:33

Par Sneiba Mohamed    

A Bissau, capitale de la Guinée Bissau, petit Etat lusophone de l’Afrique de l’Ouest de 36 120 km² pour 1,8 millions d’habitants, c’est le calme qui précède la tempête, pensent bon nombre d’observateurs qui craignent, de plus en plus, un retour à la funeste époque des coups d’Etat.   

Depuis quelques jours la situation politique est extrêmement tendue dans ce pays réputé être une plaque tournante du trafic de drogue entre l’Amérique du sud (Colombie notamment) et l’Europe. Rien ne va plus entre le Président Umaro Sissoco Embalo et son principal allié Braima Camara, le coordinateur du Madem, dissidence du Paigc (parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) qui l’avait conduit au pouvoir. Une lutte feutrée engagée depuis le dernier remaniement ministériel opéré par Sissoco Embalo, lui-même ancien général, oppose les deux hommes, deux fortes têtes. La crainte la plus partagée en ce moment par les observateurs avertis  est que ce bras de fer déborde de la sphère politique pour toucher une armée habituée au « pronunciamiento ».  

En effet, la courte histoire politique de la Guinée Bissau est faite de coups d’Etat spectaculaires menés sur fond de trafic de drogue et de lutte pour le contrôle d’une « filière » qui toucherait plusieurs autres pays de la sous-région. 

Depuis la décolonisation (1974), le pays est en proie à une instabilité chronique avec six tentatives de renversement du pouvoir par la violence. Aucun président n’a d’ailleurs pu parvenir à la fin de son mandat. L’armée joue un rôle essentiel dans la vie politique du pays. 

Le 14 novembre 1980, João Bernardo Vieira dit « Nino Vieira » renverse le président Luís Cabral, demi-frère du leader indépendantiste Amílcar Cabral et au pouvoir depuis l’indépendance, par un coup d’État militaire sans effusion de sang. 

Vieira échappera à une tentative de coup d’État en juin 1998, menée par Ansoumane Mané, son ancien compagnon d’armes pendant la guerre d’indépendance. Le pays tombe dans une brève mais violente guerre civile entre les forces restées fidèles à Vieira et celles du chef d’état-major de l’armée qui parvient à renverser finalement le gouvernement de João Vieira, le 7 mai 1999, le poussant à se réfugier à l’ambassade du Portugal avant de s’exiler à Lisbonne. 

Le cycle de la violence devient une partie intégrante de la vie politique en Guinée Bissau, même quand le pays s’exerce à la « démocratie » en vogue sur le continent africain. 

L’élection de Kumba Yalá, en 2000, ne constitue qu’un bref intermède puisque ce président « civil » sera renversé par un coup d’État sans effusion de sang en septembre 2003. Un coup d’État « accepté » à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Guinée Bissau, tant ce président s’était comporté en dictateur repoussant sans cesse les élections législatives et soupçonné par ses adversaires politiques de favoriser son ethnie. 

 

L’ancien président João Bernardo Vieira dit « Nino Vieira » rentre d’exil pour être élu en 2005, ce que d’aucuns ont considéré comme un nouveau départ, avec difficulté certes, pour une phase de normalisation démocratique. Pour assurer ses arrières, et comprenant que ce sont les militaires qui gouvernent réellement étant  les maîtres du jeu politique et économique, avec la Guinée Bissau Connection, l’ancien président déposé en 1999 par un coup d’État militaire qui s’était présenté en indépendant (et donc fortement contesté au sein du PAIGC) conclut une alliance tactique avec son ennemi historique, le général Batista Tagme Na Waie, en le nommant chef d’état-major de l’armée. Une paix des braves qui ne durera pas puisque le général est tué dans un attentat à la bombe dont on accuse le président João Bernardo Vieira d’être l’instigateur. Vieira est assassiné à son tour, le 2 mars 2009, par des hommes en armes et Malam Bacai Sanhá, candidat du PAIGC, lui succède. 

Le 12 avril 2012 marque un autre coup d’État mené par l’armée qui dépose le premier ministre Carlos Gomes Júnior. On pense par la suite à un retour à la normale avec une médiation du voisin guinéen, Alpha Condé, mais la crise persiste jusqu’à aujourd’hui puisque le président en poste depuis 2019 est à nouveau confronté à un début de crise au centre de laquelle se trouve toujours l’incontournable armée. 

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