Portrait : Pierre Kompany, le seul bourgmestre noir dans l’histoire de Belgique

Portrait : Pierre Kompany, le seul bourgmestre noir dans l’histoire de Belgique

Portrait : Pierre Kompany, le seul bourgmestre noir dans l’histoire de Belgique

/ POLITIQUE / Saturday, 11 September 2021 15:25

source photo: CDH

Par Jean Paul HABIMANA, politologue

« Lorsqu’on vit loin de son pays d’origine, le minimum est d’être actif, social, de faire des choix précis surtout pour ceux qui rêvent faire de la politique. » Pierre Kompany. 

Il y a peu de parcours, issus de l’immigration, qui constitue une success story comme celle de Pierre Kompany. Né à Bukavu au Congo Belge, cet homme politique belge, député bruxellois, bourgmestre de Ganshoren, ingénieur de formation, ancien taximen et même ancien footballeur de renom n’a pas volé le succès qu’il savoure aujourd’hui, dans sa patrie d’adoption, au milieu de sa famille. Dans ses fonctions actuelles de bourgmestre de la commune de Ganshoren, l’une des 19 communes bilingues de Belgique située dans la Région Bruxelles-Capitale, autrefois petit hameau vivant dans l’ombre du château de Rivieren et des seigneurs de Jette-Ganshoren, il continue à faire parler son expérience d’homme politique engagé sur plusieurs fronts, tant en Belgique que dans sa lutte en faveur de l’intégration des citoyens issus de l’immigration. 

Pierre Company débute sa politique en RDC (ancien Zaïre) et poursuit en Belgique, pays d’adoption et de l’accomplissement de l’homme qu’il est devenu aujourd’hui. 

Etant jeune, il a consacré sa vie au domaine public. Ainsi, il a fui la dictature du général Mobutu et obtint le statut de réfugié politique en Belgique, où il a milité 30 ans durant au sein du Parti socialiste. Fidèle à ses principes qui lui interdisent les compromis politiques ou les compromissions que certains n’hésitent pas à accepter pour réaliser leurs ambitions personnelles, il n’a pas hésité à se retirer du PS, lorsqu’il y eut des dysfonctionnements qu’un homme comme lui ne pouvait tolérer. Son point de chute fut tout naturellement le Parti CDH. Ce nouveau départ allait connaître la consécration, deux ans après, en devenant le bourgmestre de Ganshoren, localité située dans la région Bruxelles-Capitale  comptant parmi les communes bilingues de Belgique et dont l’une des récentes particularités est d’être la moins touchée par la pandémie du covid-19.

 

Un combat  politique d’exception 

Quand Kompany  partage l’expérience de son parcours extraordinaire dans le combat politique qu’il mène toujours, vous ne pouvez qu’être admiratif face à cette volonté de se sublimer pour atteindre les objectifs fixés. Expliquant cette force de l’engagement qui n’est pas à la portée de n’importe qui, il explique que « ce n’est pas arrivé n’importe comment » et qu’il « faut d’abord être dans le système et le connaître pour pouvoir avancer sur la voie de la réussite ». Le bourgmestre met en avant la politique de la tolérance, de la compréhension et de la culture de l’autre dans le but du « mieux vivre ensemble » dans une commune harmonieuse comme raisons nécessaires, mais pas suffisantes sans ce qui fonde sa propre personnalité, pour arriver à cet accomplissement proche de l’Idéal visé par tout homme politique et tout humain qui se donne pour vocation de servir les autres. Un combat politique dont la particularité est de sortir des sentiers battus, en acceptant les différentes  cultures, les mentalités et savoir les partager. « C’est un questionnement mais il faut vivre ensemble avec les diversités religieuses, idées culturelles, politiques et philosophiques, etc. », ajoute le bourgmestre de Ganshoren dont les luttes  politiques corroborent parfaitement les convictions axées sur l’humanisme. Il ajoute, comme s’il était en train de revivre les moments forts de ce combat politique exceptionnel : «  C’est pour cela que j’ai quitté le PS pour rejoindre le CDH, car ce parti correspond parfaitement  à mes valeurs. » 

 

Le CDH face à la problématique de l’immigration

Les dirigeants du CDH ont été à la rencontre des personnes qui sont en grève de la faim pour réclamer leurs régularisations en Belgique. Une démarche humaniste plus que politique que Kompany justifie ainsi : « Notre parti mène un combat perpétuel pour que les sans-papiers soient traités humainement ». Et ce combat mené par le CDH avec les personnes sans-papiers en grève de la faim n’a pas été sans conséquence puisqu’il a abouti à un résultat appréciable. Il permet de faire monter la côte d’un CDH, après la grève de la faim, parce qu’il a choisi le parti des centaines de sans-papiers que les autorités belges ont placé devant la zone neutre. 

C’est  le mercredi  21 juillet que les 430 sans-papiers grévistes  avaient décidé de suspendre leur combat et de mettre la pression sur le ministre de l’Asile et de l’Immigration afin de leur permettre   d’obtenir la régularisation de leur situation en Belgique. Les grévistes étaient rassemblés notamment dans des universités, mais principalement à l’Église du Béguinage à Bruxelles  depuis plusieurs mois.  Le porte-parole des sans-papiers menant cette grève de la faim et, au « finish » de la soif, a rencontré le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi (CD&V). Cette rencontre a débouché sur un accord, dont les tenants et aboutissants n’ont jusqu’ici pas été communiqués. Le Bourgmestre Kompany rappelle que les dirigeants du parti ont rendu visite aux grévistes et ont joué un rôle important dans l’espoir que les autorités belges acceptent enfin le vivre-ensemble prôné par le CDH en régularisant les sans-papiers en grève depuis plusieurs semaines.

 

Œuvre politique  Proganshoren mis en place par Kompany  dans sa commune 

Un homme politique digne de ce nom doit avoir un projet précis et viable pour sa société. S’il s’agit d’un postulat, il s’applique parfaitement à l’œuvre politique de Kompany qui a placé sa commune parmi celles en Belgique mettant les intérêts de la population au cœur de ses préoccupations. Il reproduit bien cette assertion du philosophe Descartes qui annonçait, au 16ème siècle déjà, que « l’homme est capable de modifier et de dominer la nature par son œuvre ».  

Le Bourgmestre Kompany a créé le projet Proganshoren lorsqu’il était échevin dans la commune. Le projet en question porte un slogan Pro activité, Progrès  et Professionnalisme. Il regroupait les décideurs politiques de la commune réunis dans les différents partis politiques représentés dans la commune de Gashoren. Au fil du temps, les avis ont divergé : certains étant pour, d’autres contre, alors que ce projet était pensé initialement pour le bien-être des habitants de la commune en mettant en avant une politique de vivre dans la paix avec l’environnement où ils résident et surtout dans la dignité humaine.

 

Tel père, tel fils 

Mis à part la vie politique, le bourgmestre de Ganshoren  fut un des plus grands footballeurs, dans les années 70, du Congo Belge. Sa carrière sportive était pour lui comme un plaisir mais pas comme un mode de vie : « Je n’ai jamais pris le sport comme un mode de vie mais pour un plaisir ». Pourtant, c’est en s’adonnant au sport qu’il a commencé à gagner de l’argent. Néanmoins, la politique était quelque part à l’affût, incrustée en lui, attendant son heure. Car l’homme est un animal politique par nature. 

La famille Kompany est une famille sportive. On pourrait penser en cela que ce qui passionnait le père a resurgi sur sa descendance. Les deux enfants sont des grands sportifs renommés internationalement : son fils Vincent Kompany, le célèbre capitaine de l’équipe nationale de Belgique, les Diables rouges, est reconnu comme étant un footballeur  qui a marqué l’histoire du sport en Belgique, mais pas seulement. Sa portée internationale s’étend en Angleterre où on l’a baptisé « Vinc The Prince ». Il  est actuellement l’entraîneur de l’équipe d’Anderlecht. Sa fille Kompany a également du mérite dans le domaine puisqu’elle pratique avec un haut degré de plénitude l’athlétisme et a fondé une association qui promeuve les activités sportives.

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