Côté d’Ivoire : le mandat de trop 

Côté d’Ivoire : le mandat de trop 

Côté d’Ivoire : le mandat de trop 

/ POLITIQUE / Wednesday, 11 November 2020 09:18

Par Sneiba Mohamed  

En Côte d’Ivoire, on vient de tirer le rideau sur une élection présidentielle très controversée. Alassane Ouattara qui achevait un deuxième mandat - qui devait être le dernier - a remplacé au pied levé Amadou Gon Coulibaly, son dauphin désigné mort subitement d’une défaillance cardiaque, un mois avant l’élection. Le score à la soviétique (95%) réalisé par le président sortant-entrant rappelle au monde entier que, dans la plupart des pays africains, la démocratie est encore un mythe. 

« Je me suis engagé par devoir », a dit un Alassane Ouattara installé, à 78 ans, dans un déni de clairvoyance évident. L’homme providentiel qu’il veut être insulte, par cette candidature impromptue, les millions d’Ivoiriens, notamment ceux de son camp, présentés comme des incapables parce que, suivant la logique « Ouattarienne », aucun n’a la stature présidentielle. Un statut de Chef que le président ADO accapare depuis la crise électorale de 2010 qui a fait plus de 3000 morts et dont celle d’aujourd’hui n’est, en réalité, que le prolongement naturel, avec les mêmes protagonistes dans des rôles différents. 

Ouattara insulte aussi l’histoire parce qu’il se retrouve dans la même posture d’un Laurent GBAGBO refusant de quitter le pouvoir, malgré la défaite. Le troisième mandat – de trop – est un coup d’Etat institutionnel que la communauté internationale aurait dû refuser. Il recrée les conditions de déstabilisation cyclique de ce beau pays qu’est la Côte d’Ivoire bien lancée par Félix Houphouët-Boigny qui avait lancé sa carrière politique, en 1990, en le nommant Premier ministre. 

Ouattara pêche d’abord par ce coup d’état institutionnel qui ressemble, à s’y méprendre, à une réplique au concept de « l’ivoirité » par lequel ses adversaires politiques d’antan (adversaires politiques d’aujourd’hui) ont cherché à lui barrer le chemin de la présidence. Les mêmes vexations exacerbées par des violences policières ayant causé la mort de dizaines de citoyens, des arrestations d’hommes politiques qui ont essayé d’organiser la Résistance à cette dérive dictatoriale enrobée dans un semblant de démocratie et un risque évident de guerre civile. 

La réalité amère est bien là. Le clan Ouattara, encouragé par le mutisme d’une communauté internationale soumise au diktat des vainqueurs, est en train d’organiser sa chasse aux sorcières. La chasse aux opposants « insoumis ». L’arme choisie pour accentuer la pression sur l’opposition est l’annonce d’enquêtes judiciaires contre plusieurs de ses dirigeants. 

Trois des principaux dirigeants de l’opposition, qui avaient appelé à la « désobéissance civile » avant l’élection du 31 octobre, puis avaient déclaré l’institution d’un pouvoir parallèle dit de « transition » après le scrutin qu’ils ont boycotté, font l’objet d’enquêtes pour « complot contre l’autorité de l’Etat », « mouvement insurrectionnel », « assassinats » et « actes de terrorisme ». Un acte d’accusation annoncé par le procureur d’Abidjan, Richard Adou, confirmé, pour la circonstance, comme maître de cérémonie de cette besogne politique.  

Il s’agit de Maurice Kakou Guikahué, numéro deux du principal parti d’opposition, interpellé le 3 novembre, du porte-parole de l’opposition et ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, et de l’ancien ministre Abdallah Mabri Toikeusse.  

L’ancien chef de l’Etat Henri Konan Bédié, proclamé par l’opposition président de son « Conseil national de transition » (CNT), est assiégé depuis plusieurs jours dans son domicile. 

Ainsi, le risque de déflagration sociale est bien réel comme en 2010. La présidentielle du 31 octobre étant maintenant bien consommée, le conseil constitutionnel l’ayant validée, comme attendu, et les messages de félicitations de chefs d’État pleuvant de partout, le processus de « l’enquête préliminaire et de l’information judiciaire », peut relever de l’intimidation. 

Une manière pour le pouvoir de chercher  un compromis, comme celui auquel appelle Laurent Gbagbo, au nom d’une paix civile rudement éprouvée, ou des compromissions, s’il y a des opposants qui ne sont pas prêts (préparés) à la « guerre des tranchées » politiques. Le forcing d’Alassane Ouattara lui permet certes d’entamer une prolongation de son pouvoir mais toutes les conditions d’une guerre civile à caractère ethnique sont aujourd’hui réunies pour replonger la Côte d’Ivoire dans la situation d’il y a dix ans. 

Please publish modules in offcanvas position.