COVID-19, trois émigrés qui peuvent sauver l’humanité 

COVID-19, trois émigrés qui peuvent sauver l’humanité 

COVID-19, trois émigrés qui peuvent sauver l’humanité 

/ Santé / Thursday, 11 February 2021 20:48

Photo: Katalin Kariko      Ugur Sahin & Ozlem Tureci 

Par Dr Léonard NDUWAYO 

Chef du Pôle de Prévention et d’Education du Patient, GHPSO, France  

Katalin Kariko est d’origine hongroise émigrée aux États-Unis, Ugur Sahim et Ozlem Tureci sont d’origine turque et ont émigré en Allemagne. La rencontre entre ces trois émigrés, qui ont quitté leurs pays d’origine pour diverses raisons, va peut-être sauver le monde secoué par la pandémie de COVID-19. Katalin Kariko mène des recherches sur l’ARN-messager depuis une trentaine d’années, ces dernières ont permis le développement du premier vaccin contre le SARS-COV-2. Ce vaccin a été développé par la start-up allemande, BioNTech fondée par l’émigré Turc, Ugur Sahin et son épouse Ozlem Tureci, en collaboration avec le géant pharmaceutique Pfizer, qui en assure la production et la distribution.  

Née le 17 janvier 1955 à Szolnok, en Hongrie communiste, Katalin Kariko fuit son pays avec 1000 dollars cachés dans la peluche de sa fille pour s’installer aux États-Unis. En effet, il était interdit de sortir du pays avec une telle somme sans être interpellé à l’aéroport (1). Biochimiste, elle intègre l’Université de Pennsylvanie, mais ses recherches sur l’ARN-messager tournent au fiasco. A l’époque, la communauté scientifique pensait que c’était en modifiant l’ADN, soit le patrimoine génétique, que l’on pourra guérir des maladies génétiques comme le cancer et le diabète. Les travaux de Katalin Kariko se sont donc soldés par un échec cuisant par manque de reconnaissance de la part de ses pairs et de l’université de Pennsylvanie mais également par manque de financement. Mais l’espoir viendra d’une rencontre avec l’immunologiste Drew Weissman, qui travaillait sur un vaccin contre le VIH. Les deux chercheurs décident alors de travailler ensemble et réussissent à introduire une modification aussi minime soit-elle dans la structure de l’ARN qui permet à l’ARN synthétique d’être accepté par le système immunitaire du patient. Leur découverte fut l’objet d’une publication bien remarquée en 2005. Ils ont ainsi continué leurs recherches ensemble pour résoudre un second problème concernant la destruction rapide de l’ARN lorsqu’il est injecté dans l’organisme. L’ARN-messager est détruit par un complexe protéique appelé exosome avant d’entrer dans la cellule pour agir. Ils ont donc eu l’idée d’enrober l’ARN dans une bulle lipidique, qui va éviter sa dégradation rapide et faciliter son entrée dans les cellules. Quand Katalin Kariko s’est rendu compte qu’elle ne pourra jamais concrétiser son rêve de développer l’ARN-messager vitro-transcrit pour les thérapies protéiques à l’université de Pennsylvanie, elle prend un poste de vice-présidente sénior chez BioNTech RNA Pharmaceuticals, une start-up allemande fondée par un émigré turc, Ugur Sahin.  

Né le 12 septembre 1965 à Alexandrette en Turquie, Ugur Sahin est médecin, professeur d’université et chef d’entreprise. Depuis 2006, il est professeur d’Oncologie dans la 3ème clinique médicale de l’université Johannes-Gutenberg de Mayence. En 2008, il a fondé une société de biotechnologie appelée BioNTech avec son épouse Ozlem Tureci. BioNTech et le géant pharmaceutique américain Pfizer ont annoncé en grande pompe médiatique le 9 novembre 2020 la découverte d’un vaccin contre la COVID-19, nommé BNT162b2. Il est actuellement commercialisé sous le nom de COMIRNATY. La rencontre entre Katalin kariko, qui cherchait un partenaire pour une valorisation industrielle de ses recherches sur les applications cliniques de l’ARN et la start-up du couple Ugur Sahin-Ozlem Tureci, sauvera peut-être le monde du coronavirus.   

Tous les vaccins à base d’ARN-messager déjà commercialisés ou en cours de développement, sont basés sur les travaux de Katalin Kariko, présentée par la presse internationale comme une candidate sérieuse au prix Nobel de médecine. Cette nouvelle technologie, basée sur l’ARN-messager ne se limitera pas à ces vaccins : le diabète ou des maladies cardiaques pourront être également soignés. L’ARN-messager a donc de l’avenir : on a pas fini d’en entendre parler.  

Au-delà de cette histoire fantastique, le parcours chaotique de Katalin Kariko et l’audace du couple Ugur Sahin-Ozlem Tureci ressemble à celui d’autres brillants universitaires qui quittent leurs pays pour s’installer dans d’autres pays d’accueil. L’intégration n’est pas toujours aisée surtout quand on a du talent et des convictions. Cette histoire rappelle celle du Malien Cheick Modibo Diarra, brillant astrophysicien, qui fut le tout premier Africain à avoir intégré la prestigieuse agence aérospatiale américaine, National AeroSpace Agency (NASA). Formé en France à l’université Paris VI, ce dernier ne connaît que des petits boulots à ces débuts. Après une rencontre fortuite avec une Américaine dans un café à Paris, sa vie bascule. Après lui avoir raconté sa vie au cours d’une soirée bien arrosée et  ses difficultés à trouver un emploi dans la recherche ou dans l’enseignement, l’Américaine l’invita à venir tenter sa chance aux États-Unis : « Je ne parle aucun mot d’Anglais », lui a-t-il avoué. « Chez nous c’est ce qu’on a dans le cerveau qui nous intéresse, la langue tu l’apprendras sur place», lui a-t-elle répondu. Arrivé aux Etats Unis d’Amérique en 1979, il s’inscrit à l’université Howard (Washington DC) mais sans conviction. Deux mois après son retour en France, il reçoit une lettre de confirmation pour rejoindre l’université américaine en ingénierie aérospatiale. Après ses études, il fut rapidement recruté comme professeur au sein de celle-ci. Un jour en 1984, des agents de la NASA sont venus le revoir et lui ont proposé un poste dans l’agence fédérale pour mener des travaux de recherche aérospatiale. Cheick Modibo Diarra a dirigé l’équipe qui a envoyé avec succès la sonde Mars Pathfinger qui a atterri sur la planète Mars le 4 juillet 1997 (2). Quelques fois, une simple rencontre peut changer toute une vie. 

 

  1. Voirle documentaire de BFM TV diffusé le 1erfévrier 2021 sur le lien suivant : 

https://www.bfmtv.com/international/enquete-ligne-rouge-katalin-kariko-la-femme-qui-peut-sauver-le-monde_AN-202102010447.html 

 

  1. 2. Navigateurinterplanétaire : l’extraordinaire aventure d’un enfant du Mali parti à la conquête de mars. Livre de Jacqueline Raoul-Duval et Modibo Diarra paru en 2000.

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