Santé : Les Guérisseurs en Afrique, mythes et réalité

Santé : Les Guérisseurs en Afrique, mythes et réalité

Santé : Les Guérisseurs en Afrique, mythes et réalité

/ SOCIETE / Tuesday, 08 June 2021 17:17

source photo: France info

Par Moussa Diallo

Le guérisseur est selon une opinion bien répandue en Afrique comme quelqu’un qui a des pouvoirs, mystiques ou non, lui permettant de soigner des malades à qui on a jeté de mauvais sorts ou tout simplement atteints de maladie honteuse. Ils sont des devins – ou des charlatans, selon l’opinion la plus répandue. Cependant beaucoup d’entre eux sont à la recherche d’une certaine reconnaissance au regard de l’opinion publique africaine et mondiale.

En Afrique du sud, l’Etat ne s’oppose pas à ces tradi-praticiens et c’est la tendance un peu partout, même si les certifications ne sont pas systématiques. Les guérisseurs se donnent comme principale mission de venir en aide à des individus en détresse gagnés par la maladie ou tout simplement soumis à la pression des difficultés de la vie.

Dans bon nombre de pays africains les guérisseurs foisonnent. En Afrique de L’Ouest et en Afrique du Sud, ils ont commencé à jouir d’une certaine légitimité à partir de 2005.

Au Sénégal particulièrement, visiter les charlatans est devenu très courant. C’est pourquoi entendons-nous très souvent parler d’abus de toutes sortes. En fait, ces charlatans vont au-delà de ce qu’ils savent faire. Ils s’intéressent aux politiciens qui cherchent des amulettes pour percer, avoir une ascension. Dans la majeure partie du temps, ils sont fréquents au Sénégal, surtout en périodes électorales. Selon certains, ils sont des faiseurs de rois. Cependant, force est de constater que, historiquement, le Sénégal n’est pas une terre de guérisseurs mais qu’il en est devenu de nos jours une terre d’accueil.

Les terres de prédilection des guérisseurs devins sont le Mali ou le Burkina Fasso.

Mais quelles sont les maladies prises en charge par les devins et guérisseurs traditionnels ? Ont-ils toujours répondu aux attentes des populations ? Qu’ont-ils de particulier pour justifier la ruée vers eux ?

Dans sa vocation, le chargé de guérir certaines pathologies comme l’asthme, la fièvre jaune, le « korte » (envoutement) par désensorcellent, hémorroïde, la folie, le « inné » est un véritable guérisseur, un devin. Beaucoup se sont relevés de situations précaires avec leur aide. C’est le cas par exemple des personnes ayant reçu des morsures de serpent ou de scorpion. Les vaccins antivenimeux étant chers et inaccessibles le recours au guérisseur semble être une aubaine. L’avantage que l’on a en choisissant d’aller le voir c’est la proximité. Dans beaucoup de villages Sénégalais, les pharmacies sont inexistantes et le temps que l’on met avant de se procurer des vaccins peut entrainer la mort du patient ou compliquer sa situation.

Avec ses incantations et supposés échanges mystiques avec le djinn, et de manière spectaculaire le guérisseur parvient, parfois, à remettre sur pied des gens dont l’invalidité était déjà prononcée par des diagnostics sortis de nulle part. En 2003, nous avons été témoins d’une situation ô combien émouvante dans un village à une centaine de km environ de la ville Kaolack, Dague Diakhaté. Nous étions nombreux à y aller solliciter un grand guérisseur. J’avais l’épaule droite endolorie. Ma surprise était grande quand il me demandait 15 frs CFA pour assurer les frais de ma prise en charge. Une minute après, je ne sentais plus la douleur au niveau de mon épaule. Nous avons été ébahis de voir quelqu’un revenir en boitant alors qu’il ne pouvait pas marcher. On le conduisit chez le charlatan avec l’aide des accompagnateurs. De ce guérisseur, je me souviendrai le restant de ma vie.

Non loin de mon village natal Koussanar, dans un village appelé Altou Fass, il y a un guérisseur dont la spécialité est de soigner des fractures. Les guérisseurs, les vrais ont des spécialités reconnues par les structures formelles. En cas de complications, le guérisseur vient faire ce qu’il a à faire puis retourne dans son fief. Généralement, il a un calendrier de visite dans l’hôpital. Pour les désensorcellement, il y a des spécialistes. Mais ce à quoi nous assistons de plus en plus, ce sont des guérisseurs qui qui occupent les plateaux de télévisions faisant de l’autopromotion. C’est à travers les adresses qu’ils laissent sur les écrans qu’ils reçoivent des visiteurs. On les appelle souvent « ma meun » (c’est-à-dire « sait tout » en wolof).

Les populations dans le désarroi ont comme point de chute ces charlatans. Beaucoup d’entre eux ont des qualités de soignants dont les coûts sont très élevés. Souvent, pour les guérisseurs généralistes il faut payer pour les « sarakhs ». Cela consiste à immoler un bœuf, une chèvre ou un mouton à la charge du malade en fonction de la gravité de la maladie. Pour certains, il s’agit de verser le sang d’une poule. Pour l’essentiel, le guérisseur soigne. Les spécialistes me paraissent les mieux outillés. Quand vous voulez les voir pour autre chose, ils vous répondent « vas voir ailleurs. Je ne soigne pas cette maladie ».

Les cases des guérisseurs charlatans sont pleines d’amulettes, de bouteilles contenant des liquides, des peaux de bêtes, des cornes. Ces choses qui émerveillent les visiteurs. La chambrette où il officie est faite uniquement pour la circonstance. Elle est à l’écart de la maison. Des femmes stériles ont eu recours aux services des guérisseurs et ont eu parfois satisfaction. C’est le cas, par exemple, d’une femme du nom de Téning Sylla. C’est sa rencontre avec Sidibé Souleymane qui lui a permis de procréer. Des hommes peu virils se sont soignés grâce à ces guérisseurs. C’est pourquoi tout n’est pas à jeter à la poubelle. Quand ils ne se présent pas rarement sur les plateaux de télévision, ils sont isolés et toujours dans une retraite. Leurs actions ont permis de sauver beaucoup de malades. Puisque les populations affluent de plus en plus chez les guérisseurs et qu’elles y trouvent parfois salut et réconfort, il serait opportun que l’Etat organise le secteur et donne plus de crédit à ces tradi-praticiens. Alors la question qui est dans tous les esprits est : Pourquoi les guérisseurs et les médecins ne peuvent–ils pas collaborer ?

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