Nouadhibou, la ville mauritanienne considérée par les migrants subsahariens comme la porte vers l'Europe

Nouadhibou, la ville mauritanienne considérée par les migrants subsahariens comme la porte vers l'Europe

Nouadhibou, la ville mauritanienne considérée par les migrants subsahariens comme la porte vers l'Europe

/ SOCIETE / Tuesday, 22 June 2021 16:51

source photo: http://peresblancs.org/

Par Sneiba Mohamed

Le restaurant Atlas, quelques mètres de l’hôtel Free Zone où descendent généralement les délégations gouvernementales, les missions des institutions internationales et les touristes espagnols, français ou italiens, est tenu par un jeune homme et une jeune femme qui n’ont visiblement pas l’air du pays. Alors que l’accent français du tenancier du restaurant très fréquenté par une clientèle turque renvoie à celui de la Côte d’Ivoire, les traits physiques de la serveuse révèlent, pour les connaisseurs de l’Afrique, ses attaches congolaises (RDC).

Pour ces Subsahariens, la ville mauritanienne de Nouadhibou, située au bord de l’océan Atlantique, à quelques heures en bateau de l’Espagne (Iles Canaries) et sur le chemin de la transsaharienne reliant le Maroc à Dakar, est la porte de l'Europe. Les candidats à l’émigration vers la France, l’Espagne, l’Italie ou tout autre pays du Vieux continent, préfèrent trouver un ancrage temporaire dans cette ville plutôt que de pousser vers Nouakchott.  L’afflux de candidats à la traversée vers l’Europe qui se compte par centaines a poussé à la création d’un centre de rétention pour les migrants en situation irrégulière avec le financement de l’Espagne, dans le cadre de la politique d’externalisation de l’asile menée par l’Union européenne.

Avec l’activité de pêche, deuxième pilier économique du pays (1,4 million de tonnes de pêche, 65 000 emplois) et une contribution au produit intérieur brut de plus de 5 %, Nouadhibou génère beaucoup d’autres activités comme les services et le commerce. Nouadhibou draine des milliers de Mauritaniens venus des autres régions tenter dame fortune dans la capitale économique du pays, mais également des Subsahariens qui en font une « escale », comme l’Ivoirien du restaurant Atlas qui confirme sa nationalité, mais refuse d’en dire plus ! Est-il là depuis des mois ? Des années ? Compte-t-il aller en Europe ? A-t-il des rapports avec d’autres Ivoiriens installés à Nouadhibou ? 

A toutes ces questions, il répond par un sourire. Une manière de dire « oui et non », nous enfonçant dans l’ambiguïté de nos cogitations. Mais pour l’observateur averti, il est clair qu’il n’est que de passage. Nouadhibou n’est qu’une étape, celle qui lui permet de faire des "provisions" pour l’ultime voyage, celui de la traversée. A ce moment-là, lui et tous ceux qui sont hantés par le rêve de l’Europe ne savent pas ce qui les attend là-bas où la vie est loin de cet Idéal qui les a conduits à quitter leurs pays pour un ailleurs insoupçonné.

De l’autre côté de l’Atlantique, la vie est loin d’être rose. Dans plusieurs pays européens, les sans- papiers dont le nombre grandit chaque jour, protestent contre des conditions de vie de plus en plus précaires et cherchent, par tous les moyens, à forcer leur destin.

En Belgique, le gouvernement fait face à une grève de la faim des sans-papiers par le refus du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi, d’entrer dans des négociations avec ces grévistes. Malgré l’insistance d’élus de la Chambre, comme Hervé Rigot (PS), Eva Platteau (Ecolo-Groen) et Greet Daems (PTB), il maintient cette ligne tout en reconnaissant que la « situation (le) préoccupe, (et qu’il se fait) du souci pour la santé de ces personnes » et déplore leur décision de faire cette grève de la faim. »

Les procédures en vue d’obtenir une éventuelle régularisation étant ce qu’elles sont, les sans-papiers ne peuvent que prier pour que la législation tienne compte du caractère humain de leur situation, quoique le secrétaire d’État ne soit pas de cet avis : « il n’y a pas de droit au séjour qui existe sur la base d’une procédure de régularisation humanitaire. C’est une faveur et non un droit », a-t-il déclaré à propos de cette grève.

A voir la situation de milliers de migrants en Belgique (et dans toute l’Europe) portée par les quelque 400 sans-papiers en grève de la faim depuis le 23 mai dans l’église et dans les réfectoires de l’ULB et de la VUB, il est clair que ceux qui se trouvent encore en Afrique, notamment dans la ville mauritanienne de Nouadhibou, attendant la première occasion pour partir, doivent réfléchir longuement avant de se lancer dans l’aventure. 

 

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