La place du français en Afrique centrale

La place du français en Afrique centrale

La place du français en Afrique centrale

/ SOCIETE / Sunday, 04 July 2021 04:19

source photo: http://observatoire.francophonie.org/

Par Jean Paul HABIMANA; politologue

La situation du français est différente selon que le colonisateur a été Belge ou Français, car les politiques de langues ont toujours varié selon les options et les idéologies des métropoles. Par la volonté des Etats de la sous-région d’Afrique centrale, le français jouit d’un statut privilégié. Mais une question se pose de plus en plus pressante qu’il ne faut pas éluder et à laquelle une réponse claire devrait être donnée sans trop attendre : quels doivent être la place et le rôle de la langue française dans la vie nationale et internationale dans le développement culturel, scientifique et technique des pays qui l’ont choisie comme langue d’enseignement et de travail ?

Tout d’abord, il faudra insister sur la diversité des langues et la relativité des cultures et rompre avec la division manichéenne selon laquelle les langues étrangères des anciennes puissances coloniales, autrefois considérées comme seules langues de culture et technologies (prétextes de lumière et de civilisation) doivent régner sans partage, tandis que les langues africaines dédaigneusement appelées dialectes, parlers indigènes ou patois locaux, devraient disparaître ou être reléguées à des fonctions subalternes. Il appartenait aux Africains francophones de la région considérée de dire clairement et sereinement ce qu’ils attendent du français d’une part et de leurs langues nationales d’autre part, de manière à lever les équivoques et à pratiquer une politique du présent et de l’avenir qui ne soit pas subordonnée aux conjonctures politiques non plus qu’à d’obscurs calculs. Ce n’est qu’à ce prix que les Etats, réellement désireux de conserver la langue française comme outil efficace de communication et de travail, peuvent envisager l’extension de son emploi aussi bien à l’école qu’à l’usine et dans la rue.

L’effort entrepris sans relâche consiste à éviter que le français, langue utilitaire liée au développement économique, politique, et culturel et international, n’apparaisse comme une langue d’oppression permettant à une minorité qui en détiendrait le monopole d’asseoir sa supériorité et son pouvoir. Aussi, s’efforceton de favoriser lutilisation des langues africaines progressivement en commençant par le début de la scolarisation et lalphabétisation des adultes. Ainsi, le français et les langues autochtones trouvent progressivement leur juste place dans les systèmes éducatifs nationaux. Une tendance à l’assimilation percevait chez les nombreux hommes politiques soucieux, semblait-il, de l’unité de la République française ; ils étaient soutenus par les partisans dont les arguments, essentiellement affectifs et prétendument humanitaires, peuvent se résumer ainsi :

 

a. nécessité de former des intermédiaires, des auxiliaires de l’administration coloniale valables mais dociles ;

 

b. la langue française est celle capable d’assurer la mission civilisatrice de la France ;

 

 c. le français est la langue de la noblesse.

 d. en réponse point par point à ces arguments absurdes un certain nombre d’objectifs ont été esquissés ;

 

 e. définir les objectifs et la méthodologie de l’enseignement du français en tant que langue étrangère, langue seconde ;

 

f. situer le français hors de tout impérialisme culturel ;

 

 g. reconnaître l’évolution du français au contact de diverses réalités des sociétés qui l’utilisent.

 

La promotion des langues nationales est définitivement considérée comme un des objectifs majeurs des gouvernements des Etats de L’Afrique centrale. Les deux extrêmes de l’usage du français en Afrique centrale sont constitués par, d’une part, le français « petit nègre » et le français « tirailleur » des anciens combattants et d’autre part la langue élaborée des enseignements et des professions libérales qui maîtrisent parfaitement les registres variés qu’ils utilisent à bon escient. Entre les deux se rangent, de haut en bas.

 

1. Les classes moyennes (enseignement du primaire, commis d’administration et les services privés etc.) qui utilisent le français standard, le français d’Afrique et une ou plusieurs langues vernaculaires ;

 

 2. Le prolétariat urbain utilise une forme de français commun régional et une langue africaine ou une langue maternelle ;

 

3. Le monde rural n’utilise presque jamais le français.

 

Une étude plus poussée de la situation du français d’Afrique centrale exigera que l’on définisse les communautés linguistiques réelles en présence ainsi que les différents types de situation de communication à l’intérieur de chaque communauté, d’une part, entre les diverses communautés d’autre part. L’utilisation quotidienne du français à la radio et à la télévision dans les capitales joue un rôle important dans la diffusion de cette langue depuis la vulgarisation du transistor et la pénétration lente mais continue du téléviseur. Si l’introduction du français en Afrique centrale est liée au fait colonial, la diffusion de cette langue est due surtout à l’école. La langue française parlée aujourd’hui de façon inégale varie autour de 15 à 20 % de la population et est essentiellement le résultat du développement d’un système d’enseignement de type français dont les méthodes sont calquées sur celles en usage dans l’ancienne métropole. Or, celle-ci est assujettie à l’idéologie dominante de la culture littéraire et humaniste imposée par les programmes officiels français s’appuyaient principalement sur la langue écrite et les œuvres des « grands écrivains » sous l’intitulé » français » on plaçait exclusivement de la tradition. La sélection drastique qui a résulté d’un tel enseignement du français langue maternelle ne pouvait pas permettre la scolarisation de masse prônée par la première conférence des ministres africains d’éducation des pays francophones réunis à AddisAbéba, en 1961. Les Etats africains avaient décidé alors d’aboutir, en 1990, à la scolarisation de la totalité des populations ! Programme titanesque qui n’a pu être mené à bien malgré d’énormes efforts financiers (25 à 30 % de leur budget national).

Des efforts inlassables de rénovation dans la politique de scolarisation s’imposent si l’on veut réellement étendre l’utilisation du français et maintenir celui-ci parmi les langues d’utilité nationale et internationale. La pédagogie de l’enseignement du français qu’il faut mettre en œuvre dans une telle perspective devrait permettre à un plus grand nombre de jeunes africains d’acquérir la maîtrise relative de la langue écrite et orale. Elle devrait les rendre aptes à s’exprimer dans les situations de communication variée mais aussi à accéder plus facilement aux autres disciplines scolaires (sciences exactes, sciences expérimentales, humaines et sociales). La langue de Molière n’est plus essentiellement une langue de l’humanisme, elle est désormais beaucoup plus un vecteur de culture, d’économie et de technologie.

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