La diaspora rwandaise en Belgique découvre la philosophie du vivre ensemble en marchant

La diaspora rwandaise en Belgique découvre la philosophie du vivre ensemble en marchant

La diaspora rwandaise en Belgique découvre la philosophie du vivre ensemble en marchant

/ SOCIETE / Sunday, 04 July 2021 21:32

Par Jean Paul HABIMANA; politologue 

Plus d’une cinquantaine d’étrangers, dont beaucoup de Rwandais ont participé ce samedi 03 juillet à la marche pour la vie. Cette marche a été initiée en avril dernier par Norbert Nsabimana. Cette philosophie résilience a pour but de « dépasser, surmonter les obstacles et ne pas oublier les victimes du génocide contre les Tutsi », affirme Norbert Nsabimana.  

Les marcheurs doivent parcourir une vingtaine chaque week-end du 07 avril au 04 juillet dans toutes les régions de la Belgique. Une traduction, en marche, de ce que Norbert Nsabimana, prend pour devise : « Quand la vie nous frappe, c’est à nous de nous relever.»

 

La pensée vient en marchant

Il ne s’agit nullement d’un acte ordinaire, dépourvu de symbole. C’est l’expression d’une nécessité, d’une utilité a toute sa signification sociale, pour ne pas dire socialisante, parce qu’elle tend à exprimer la philosophie de tenir debout ensemble dans la dynamique de la marche. C’est en marchant que les Rwandais de la diaspora en Belgique se découvrent au fur et à mesure et entretiennent des bonnes relations. Face aux obstacles, de quelque nature qu’ils soient, l’homme se découvre et a tendance à se surpasser, à se sublimer. C’est au fil du temps que les marcheurs mènent des réflexions pour leurs projets futurs et, surtout, essayent de réfléchir ensemble sur l’amélioration de leurs conditions de vie. Beaucoup reconnaissent que les amitiés deviennent très fortes, plus solides, lorsqu’ils marchent ensemble tout au long de ce qui est, symboliquement, leur chemin de vie, fait de hauts et de bas. Ils tissent des liens amicaux avec des personnes de toutes les cultures en partageant un bout de chemin. Après plus de 10 km d’effort ensemble, les êtres se découvrent en profondeur dans leur humanité. Bien des philosophes affirment que la pensée vient en marchant : un pas devant l’autre, et c’est une idée après l’autre qui nous vient. Marcher rend philosophe, suggère Christophe Lamoure, professeur de philosophie et promeneur invétéré. Les jambes sont les moteurs de nos pensées.

Christophe Lamoure a longuement étudié la philosophie de marche. Selon son expérience, les longues promenades en montagne stimulent une réflexion plus poussée. Il a bien étudié la vie des philosophes à travers l’histoire et il s’est rendu compte que la majorité d’entre eux sont des marcheurs. Le célèbre philosophe Descartes décrit une réflexion comme une marche en forêt alors que le philosophe Heidegger considère la pensée comme des « chemins qui ne mènent nulle part ». Christophe Lamoure considère, quant à lui, que philosopher, c’est « être en marche. »

Une marche à la mémoire des victimes du génocide contre les Tutsi

Selon Norbert Nsabimana, au départ, la marche était le seul moyen de renouer des relations avec amis rwandais, belges et d’autres nationalités après le confinement. Ils ont commencé à marcher dans la région liégeoise sur une distance de 20 km. Chaque week-end, ils changent de région et chacun adapte son parcours à son endurance et ses capacités physiques.

L’objectif de cette marche, c’est d’aider les gens à se sentir fort physiquement et psychologiquement. C’est un moyen de rencontre avec d’autres gens grâce aux parcours boisés pour profiter de la beauté et des bienfaits de la nature. 

C’est au fur et à mesure, qu’une équipe composée de Viateur Mutangana, Dieudonné Ntasinzira, Martin Janssen Ntikanga, Clément Nyabayombe, Norbert Nsabimana, Aly Kaba, Patrick Muhikira et Théophile Kagabo comme cameraman s’est constituée et a voulu inviter tous les Rwandais, leurs amis belges et toutes les autres nationalités à marcher le 3 juillet à la mémoire de toutes les personnes qui ont été victimes du génocide perpétré contre les Tutsi. Ils ont collaboré avec la DRB (Diaspora Rwandaise de Belgique), le journal en ligne Igihe et l’ambassade du Rwanda en Belgique pour réaliser ce projet. Ils ont aussi obtenu les soutiens de la commune de la Hulpe et du Château de la Hulpe pour garantir le bon déroulement du projet dans le respect des mesures Covid-19. 

Les souffrances qu’ils ont vécues pendant le génocide contre les Tutsi  au cours de 100 jours, « c’est le moment de souffrance. C’est une façon de nous associer à ces martyrs, de communier avec ces victimes pour conjurer l’oubli, montrer à la face du monde que la vie est plus forte que la mort. C’est aussi une manière éloquente de montrer que « le Rwanda existe », dixit Monsieur Dieudonné SEBASHONGORE, l’ambassadeur du Rwanda en Belgique. Celui-ci appelle tous les Rwandais de la diaspora à venir nombreux  à cet événement marquant pour tous les Rwandais et affirme qu’il y en aura d’autres dans les jours à venir.

Madame Marie Goreth KARAMUKA, une Rwandaise vivant à Belgique, nous décrit cette philosophie de marche pour la vie choisie par ses concitoyens de la diaspora : « c’est incontestablement une bonne initiative, car la marche nous aide non seulement à nous retrouver dans une ambiance de convivialité avec mes compatriotes après le confinement mais aussi c’est un effort physique de bien-être pour une meilleure santé et pour se sentir bien dans son corps. »

 

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