Belgique : Vers Une « Décolonisation » Des Objets D’art Africains Spoliés

Belgique : Vers Une « Décolonisation » Des Objets D’art Africains Spoliés

Belgique : Vers Une « Décolonisation » Des Objets D’art Africains Spoliés

/ SOCIETE / Friday, 09 July 2021 19:03
Par Sneiba Mohamed

Il y aura aussi une « décolonisation » des objets d’art africains spoliés. Une restitution de cet immense trésor culturel, mais aussi ayant une valeur marchande certaine aux yeux des antiquaires et autres collectionneurs. La Belgique vient d’annoncer sa feuille de route pour répondre à cet appel lancé par plusieurs pays d’Afrique, en commençant par restituer à la République démocratique du Congo (RDC), son ancienne colonie, des milliers d'objets culturels acquis abusivement, particulièrement lors des violences commises sous le règne de Léopold II entre 1885 et 1908. 

Si le gouvernement belge pousse jusqu’à son accomplissement total ce geste de bonne volonté, cet acte réparateur d’un tort qui aura duré plus d’un siècle, il aura donné l’exemple à tant d’autres pays européens (France, Allemagne, Espagne, Portugal, Pays-Bas) qui sont dans la même configuration de rapports historiques dominants-dominés, avec l’Afrique, se perpétuant encore à travers une décolonisation incomplète, notamment dans les domaines culturels et économiques.

C’est une première que Thomas DERMINE, Secrétaire d’État belge chargé de la politique scientifique a annoncée depuis le Musée Royale de l’Afrique Centrale, à Bruxelles, comme la première phase d’un processus de restitution devant aboutir au retour en Afrique de milliers de pièces d’art spoliés : «Tout ce qui a été acquis de façon illégitime (vol, violence, pillage) doit être restitué, cela ne nous appartient pas », avait déclaré le responsable gouvernemental belge. Par contre, la restitution juridique, de question de propriété, de la restitution matérielle, qui constitue la deuxième phase de ce processus, qui sera apparemment longue (une vingtaine d’années), devrait suivre les canaux diplomatiques et de la coopération développement.

A la fin du 19ème siècle, le roi Léopold II avait fait du Congo, l’actuelle RDC, sa propriété privée. Ce fut ensuite une colonie belge jusqu’à l’indépendance, en 1960. Durant cette période, des milliers d’œuvres d’art ont été pillés et se retrouvent présentement au Musée Royale de l’Afrique Centrale.

A ceux qui arguent, pour empêcher ce retour de ces objets d’art en Afrique, que les musées de la RDC « sont mal équipés » pour accueillir ces trésors, Placide MUMENBELE SANGER, anthropologue, de l’université de Kinshasa, rétorque, sur les ondes de France 24 : « je ne vois pas pourquoi on se pose de telles questions. C’est comme si quelqu’un vous arrache votre porte-monnaie et vous demande par la suite si vous êtes prêt à le récupérer ! Cela n’a pas de sens.»

 

L’Afrique se prépare

L’Afrique ne se contente pas seulement de réclamer la restitution de ces trésors, aussi estimables que ceux dont dispose l’Egypte pharaonique comme attrait pour les millions de touristes européens, américains et asiatiques, mais elle se prépare aussi pour avoir les infrastructures d’accueil nécessaires. C’est le cas notamment du Sénégal qui a construit, il y a quelques années, le Musée des Civilisations Noires. Par une telle entreprise, le Sénégal veut faire de Dakar la capitale de l’art africain. Attendu depuis le temps du poète-président Léopold Sédar Senghor qui en est l’initiateur, ce projet de MCN a vu le jour avec l’actuel président Macky Sall grâce à un financement chinois de 17,7 milliards de Fcfa (27 millions d’euros).

C’est dans ce musée que le Sénégal compte accueillir ses objets d’art spoliés dont il a réclamé la restitution à la France, en 2018, quelques jours après la remise au président français Emmanuel Macron, d’un rapport sur les œuvres d’art africain pillées pendant la colonisation française. Beaucoup se mettent à rêver que la démarche belge, bien que n’étant encore qu’au début d’un long processus de restitution, serve d’exemple à d’autres pays européens pour réparer, en partie, le tort culturel de la colonisation.

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