De la Colonisation En Afrique : lueurs et leurres d’une époque non encore révolue

De la Colonisation En Afrique : lueurs et leurres d’une époque non encore révolue

De la Colonisation En Afrique : lueurs et leurres d’une époque non encore révolue

/ SOCIETE / Monday, 19 July 2021 18:32
source photo: lesoir.be

Par Moussa Diallo

L’Afrique a-t-elle, réellement, était décolonisée ? Pour répondre à cette question, voyons d’abord, comment la colonisation est-elle définie : « une action d’envoyer sur un territoire éloigné, déjà occupé ou non, des personnes chargées d’occuper ce territoire, parfois au détriment des autochtones ». Vu sous cet angle, la colonisation en Afrique est bien finie. Dans les faits, elle se poursuit au niveau d’une dépendance économique évidente et d’échanges commerciaux inégalitaires. 

Si le sujet de la colonisation en Afrique revêt un intérêt capital aujourd’hui, soixante ans après le départ de l’Occupant, c’est, justement, pour l’ambiguïté de ces rapports entre les anciens colons et les anciens colonisés.

 

Quels étaient les enjeux de la colonisation en Afrique ? 

Pour le colonisateur, l’Afrique était une terre bénite regorgeant de potentialités sur le plan humain, social et économique. Il devrait conduire une mission civilisatrice dans le continent. De fait, il s’agit d’exploiter les matières premières africaines  (ressources naturelles et ressources minières), évangéliser et instruire pour le colon. Selon une opinion bien répandue, la mission était civilisatrice. Jules  Ferry soutenait   à  tort, en  1885, devant la chambre des représentants que « la mission avait un côté humanitaire car les peuples colonisés étaient des races inférieures, sans civilisation. » Pour Ferry, comme pour beaucoup d’Européens, la France a le devoir de civiliser les peuples. En somme de penser et d’agir comme eux.  Pour y arriver, il a fallu affaiblir les États africains sur le plan économique et institutionnel  en entravant leur  économie.

De ce que firent les Européens pour coloniser l’Afrique,  le commun des mortels  y porte souvent un regard critique. 

En effet, les populations africaines dans leur large majorité ont du mal à oublier la période coloniale. Les séquelles sont encore présentes. Dans le domaine sportif, les peuples colonisés ne supportent jamais l’équipe de leurs  pays colonisateurs. Malgré cette rancœur, les colonies ont tiré aussi des avantages des actions du colon.

 

  Quels sont ces avantages ? 

Le premier est d’ordre institutionnel. En effet, la colonisation a permis aux peuples colonisés de s’organiser en État. N’oublions pas qu’avant l’arrivée des Blancs, la totalité des pays africains étaient organisés soit en royaume ou en empire. C’est le cas du Sénégal, du Burkina, du Rwanda, etc. Le colon est arrivé avec ses  corollaires (l’école, les structures sanitaires  etc.). Mais aussi il y a également eu la promotion de l’hygiène publique, l’implantation des industries comme c’est le cas au Sénégal (SOTIBA, CSS, la S.A.R qui est une société africaine de raffinage).

 

De nos jours, les pays africains ont obtenu leur souveraineté  nationale. Après 60 ans d’indépendance qu’est  devenue l’Afrique ? 

Soixante ans  après la proclamation de l’indépendance  des pays africains, les États sont encore sous tutelle .Théoriquement,  c’est acté, mais en pratique les économies africaines sont extraverties. Les politiques et les programmes sont édictés. Les pays africains, dans leur large majorité, ont des institutions fortes et des constitutions qui n’ont pas tenu compte des réalités socio-culturelles africaines. Les textes législatifs sont taillés sur mesure. Ils sont identiques à ceux de leur colonisateur. Les systèmes éducatifs sont imposés  et les programmes sont rédigés dans une langue étrangère.

Il est avéré qu’aucun pays ne se développe avec la langue de l’autre .Dans nos foyers respectifs, nous parlons des langues locales mais la langue de travail dans nos administrations  demeure des langues étrangères. Par conséquent, les États africains doivent se donner les moyens de prendre  en charge leur destin.

En 1962, René Dumont affirmait avec beaucoup d’assurance que « l’Afrique noire est mal partie ». Il voyait en l’Afrique un continent impuissant  et des leaders incapables  de mettre en place des plans et programmes bien taillés aux problèmes socio-économiques  des pays africains. Les potentialités du continent sont énormes  (terres, ressources naturelles et minières. Mais notre Chère Afrique a encore une main tendue. La boutade de Dumont aux lendemains des indépendances  est plus que jamais d’actualité.

La dénomination de la monnaie (CFA) traduite  avec humour par certains comme la communauté française africaine  n’est pas sans conséquence sur les taux de change. En 1994, nous avons subi la dévaluation et, comme par enchantement, il faut se plier à la volonté de la puissante Europe. Les mouvements de sociétés civiles veulent porter un combat perdu d’avance  « l’Afrique noire était mal partie. » En Afrique subsaharienne, l’ECO  sera  certainement une monnaie commune mais se proclamera encore de la puissance colonialiste.

Après soixante ans d’indépendance, les pays africains ont fait du surplace. Des progrès sont notés çà et là mais les potentialités restent inexploitées. Certaines révolutions sont à noter au Rwanda, en Guinée équatoriale même si les colonisateurs sont différents. On en vient à penser que toute l’Afrique doit s’inspirer de PAUL KAGAME. Le Rwanda décolle malgré le génocide contre les Tutsis de 1994. La colonisation n’est pas une maladie dont on ne saurait en guérir. L’Afrique doit cesser de pleurer  et de  prendre  le colonisateur comme étant l’unique responsable de son sort. Ses dirigeants doivent réagir pour son futur. L’Afrique doit être économiquement  « le berceau de l’humanité ».

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