Statut de la femme sénégalaise 

Statut de la femme sénégalaise 

Statut de la femme sénégalaise 

/ SOCIETE / Monday, 06 September 2021 08:39
source photo: afroculture.net
Par Moussa Diallo 

« La femme est un être sacré. Elle est censée bâtir le monde » nous dit un proverbe africain. Tout dirigeant, tout citoyen, du président de la République au simple badaud est né des entrailles de la femme. Par conséquent, cette femme se doit d’avoir un statut différent de celui de la mère. Ce statut varie d’un continent à un autre, d’un pays à l’autre au sein d’un même continent. Dès lors, nous sommes tentés de nous demander quel est le statut de la femme sénégalaise ? Quel rôle joue-t-elle dans une société semi-occidentalisée où les pesanteurs culturelles combinées aux difficultés économiques  des ménages sont devenues des handicaps dans la prise en charge des différences ?

Quand on parle mutilation génitale, de violence, de discrimination, du respect du genre, la femme est toujours au-devant de la scène.

 Au Sénégal particulièrement, une convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes a été signée en 1960, mais ratifiée seulement en 1985. Cette convention préconisait l’égalité des droits entre homme-femme (droits économiques, sociaux, culturels, civils et politiques). La déclaration universelle des droits de l’homme affirme « le principe de non-discrimination » et proclame que tous les êtres humains naissent libres et égaux, chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés sans distinction aucune, notamment de sexe.

 Dans la pratique, les principes ne sont pas respectés du fait des pesanteurs socioculturelles.

Les pesanteurs socioculturelles sont les véritables freins à l’application des lois en faveur des femmes.

 Dans nos sociétés, la femme est le sexe faible. Elle est toujours au foyer quelle que soit la fonction qu’elle occupe. Le témoignage d’une enseignante confie que c’est la femme qui se trouve toujours dans la cuisine. Elle est, de fait, soumise, selon nos traditions. Elles doivent tout faire à la maison. Cette forme de violence exercée sur elles continue d’attirer leur attention.  Il y a des femmes qui subissent le contrecoup de la polygamie.  Dans plusieurs cas, elles sont délaissées ; surtout celles qui ne sont pas choyées.

Kadia, une villageoise témoigne : « nous les femmes sommes très fatiguées . De l’aube au coucher du soleil nous sommes sur pied ; sans le moindre répit. Nous sommes allées à l’école mais peu d’entre nous y sont restées longtemps à cause des mariages précoces mis en place. L’État doit nous aider à trouver des projets et les financer ». 

 Vers le vote de la loi sur la parité 

La naissance des organisations de femmes tente d’obtenir l’égalité. Elles se battent pour réaffirmer leur  volonté de matérialiser les différents traités et conventions.  Les mouvements de femmes voient le jour un peu partout. L’union des femmes sénégalaises   des associations (née en 1977) est née pour redorer le blason de la femme dans sa plénitude. Les femmes intellectuelles se mettent dans la bataille et vont créer leur parti politique (PARENA) de Mame MADIOR BOYE ancienne première ministre sous le président Abdoulaye WADE, (  KA R LENEN) de la juriste Amsatou SOW SIDIBE encore professeure à l’ université Cheikh Anta DIOP. Monsieur Abdoulaye Wade a été un artisan de la libération de la femme sénégalaise. Si la matérialisation de l’acte n’a été effective qu’en 2014 c’est parce que le pouvoir est passé à d’autres mains. Grâce au président Macky Sall les femmes ont  pu bénéficier pleinement des avantages de cette loi.

 Avec l’avènement du président Wade au pouvoir, la loi sur la parité est votée le 14 mai 2010, adoptée par le SENAT le 19 mai et promulguée le 28 du même mois. En 2012, le Sénégal  s’est retrouvé à l’Assemblée nationale avec 64 députés  femmes sur 150 députés soit 42 %  .Cela signifie que les femmes  ne sont plus minoritaires dans les structures communautaires. Elles sont représentatives. Dans les communautés rurales le nombre de conseillers femmes  est sensiblement égal au nombre de conseillers  hommes. Au moins 47 % sont constitués de femmes jusqu’à la communalisation universelle.

La loi sur la parité une expérience réussie mais source de conflits dans les foyers

Depuis cette loi, les femmes ont commencé à élever la voix et clamer leur autonomie, parlant d’une certaine égalité entre hommes et femmes. Des conflits se sont installés. Il a fallu des mois de sensibilisation qu’hommes et femmes comprennent que cette égalité est politique mais aussi de droit (droit à la terre, droit au vote, droit à un poste de responsabilité etc.). La femme ne reste plus à la maison exceptée dans certains endroits reculés. Les femmes ont droit à la terre comme les hommes .Elles participent au développement socioéconomique de la maison. Selon une étude, 34 % des ménages sont dirigés par les femmes. Les époux sont à la retraite ou au chômage. Les femmes s’organisent dans des groupements féminins où elles se cotisent, et se créent des mutuelles d’épargne et de crédit. D’autres femmes subviennent aux besoins alimentaires de leurs familles. C’est à travers cette forme de solidarité que les femmes approvisionnent leur foyer en riz, huile, boubous, etc. Beaucoup d’autres femmes s’adonnent au jardinage pour un secours en légume.

Les femmes ont acquis leur autonomie, mais en même temps elles deviennent « des mères de famille » et de façon naturelle.

Malgré les pesanteurs socioéconomiques, la femme sénégalaise s’affirme comme le maillon le plus important de la chaîne familiale et même de la société. Face à la pandémie, les perceptions ont changé, la femme n’est plus violentée ; elle est dans l’économie, dans la politique. Sa voix est audible. La population est composée de 52 % de femmes. Donc plus de femmes que d’hommes selon les estimations de 2017. Le Sénégal a très tôt compris qu’il fallait mettre la femme au premier rang dans la recherche de l’équilibre familial. C’est dans ce sens qu’un ministère plein leur est dédié depuis plus de 40 ans.

Si la femme n’est pas autonome, elle ne sera pas productive. C’est la faillite de nos sociétés. Qui pour relever le défi alimentaire ? Les hommes ont tendance à démissionner.

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