La peine de mort dans quel état en Amérique latine ?

La peine de mort dans quel état en Amérique latine ?

La peine de mort dans quel état en Amérique latine ?

/ SOCIETE / Friday, 15 October 2021 18:07

source photo: lapresse.ca

Jeff THES 

La deuxième moitié du vingtième siècle a vu l'abolition de la peine capitale, considérée comme un affront à l'humanité, se multiplier à travers le monde. Aujourd'hui, les pays sud-américains et Caribéens forment une grande partie des États qui refusent de recourir à la peine de mort. Certains, dont le Venezuela et le Costa Rica, l'ont abolie dès le dix-neuvième siècle. 

En 1863, le Venezuela était devenu le premier pays à avoir interdit la peine de mort sans aucune condition. Il allait être suivi par plusieurs autres pays de l'Amérique du Sud dont le Costa Rica en 1877, l’Équateur en 1906, l’Uruguay en 1907 et la Colombie en 1910. 

C'est ainsi que la quasi-totalité des sociétés de cette partie du continent américain a refusé d'avoir recours à la condamnation à mort. Le Brésil et le Chili ont, toutefois, des réserves en ce qui concerne les crimes de droit commun, pour les déserteurs en temps de guerre, comme l'a si bien rappelé en 2018 le député brésilien Edouardo Bolsonaro, fils du président Jair Bolsonaro qui se dit pour le rétablissement de la peine de mort. 

 Les Caraïbes sont partagés sur la question. Si la dernière exécution d'un condamné à mort dans la région remonte à décembre 2008 avec l'affaire de Charles Elroy Laplace à Saint-Kitts-et-Nevis, les principaux représentants de la Caraïbe anglophone dont la Jamaïque, l'Antigua-et-Barbuda, la Trinité-et-Tobago, ont maintenu légalement la peine de mort, laissant ainsi une porte ouverte à d'éventuelles exécutions.

 

La République d'Haïti a dû attendre jusqu'en 1987, soit un an après la fin théorique de la dictature des Duvalier pour abolir la peine de mort pour tous les crimes, vingt-et-un an après la République Dominicaine qui avait refusé de l'utiliser depuis 1966. Et pourtant, les Cubains ont gardé la condamnation à mort pendant tout le règne de Fidel Castro, alors qu'elle a été abolie en 1940 dans leur pays. Puisqu'il n'y a eu aucune exécution depuis la vague de 2003, le Cuba est considéré comme un pays qui abolit la peine maximale, mais, que dire des dispositions légales ?

 

Que gagne-t-on à pratiquer la peine de mort dans une société ?

  

Amnesty international dit s'opposer à la peine de mort parce que, selon les défenseurs des droits humains, elle viole l'un des droits les plus fondamentaux : le droit à la vie. Pour cet organisme de droits humains, il s’agit « du châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit. »

  

Alors que les défenseurs de la peine de mort considèrent cela comme un moyen de réduire le taux de criminalité, le célèbre écrivain français, Victor Hugo, écrit Le dernier jour d'un condamné, qui peut être vu comme l'expression la plus manifeste de sa lutte pour l'abolition de la peine de mort, considérée comme un meurtre judiciaire à travers les souffrances d’un condamné à mort.

 

 « Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n’ai plus qu’une pensée, qu’une conviction, qu’une certitude : condamné à mort ! Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable […] Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu’on m’adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m’obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d’un couteau", lit-on dans ce long monologue.

 

 Le condamné n'a aucune chance de se repentir, car, la mort est irréversible. Et pourtant, personne n'oserait douter que les erreurs judiciaires existent.

  

Que dire des dérives judiciaires ?  483  personnes ont été exécutées en 2020, selon Amnesty  International

 

Nous pouvons aisément remettre en question les décisions judiciaires concernant de nombreux procès ayant abouti à la condamnation à mort, dont celle de Cameron Todd Willingham. Le jeune père a vu ses trois enfants mourir dans un incendie dans la ville de Corsicana, au Texas dans la matinée du 23 décembre 1991. Jugé coupable, il allait être exécuté en 2004. Ce n'est que 10 ans plus tard, soit en 2014 que les conclusions d'une enquête d’«  Innocence Project » publiées dans Washington post, allaient révéler que Johnny E. Webb qui avait témoigné contre le père de famille l'avait fait sous les ordres du procureur en charge du dossier. Des exemples similaires abondent.

 

Quand la loi tue, devient-elle plus rassurante ou ouvre-t-elle la voie à plus de manipulation et de sentiment de méfiance ?

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