Crimes économiques en Mauritanie : un ancien président, deux ex Premiers ministres et plusieurs ministres devant la justice

Crimes économiques en Mauritanie : un ancien président, deux ex Premiers ministres et plusieurs ministres devant la justice

Crimes économiques en Mauritanie : un ancien président, deux ex Premiers ministres et plusieurs ministres devant la justice

/ POLITIQUE / Thursday, 11 March 2021 22:08

source photo: oeil d'humanité

Par Sneiba Mouhamed

Le dossier concocté par la commission d’enquête parlementaire (CEP) sur les biens mal acquis en Mauritanie est passé devant la justice, ce mardi 09 mars 2021, alors qu’on commençait à penser qu’il allait passer à la trappe sous prétexte que le pouvoir actuel « n’est que le prolongement de celui qu’il veut juger », disait-on !

C’est donc l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, deux anciens premiers ministres, Ould Hademine et Ould Béchir ainsi qu’une bonne dizaine de ministres se retrouvent aujourd’hui dans les locaux de la DGSN (direction générale de la Sûreté nationale) où ils passent leur nuit. Ces derniers passent également devant la justice, où ils sont entendus sur les crimes économiques dont ils sont accusés.

Si tous les responsables ont accepté de collaborer avec la justice, en répondant à l’interrogatoire des juges et en signant les procès-verbaux d’un processus qui peut, soit les acquitter, soit les envoyer à la prison, l’ancien président, lui, se barricade toujours derrière l’article 93 de la constitution (issu d’un amendement effectué durant son deuxième mandat), censé lui donner une immunité, sauf en cas de haute trahison. Dans ce dernier cas, il ne peut être jugé que par une haute cour de justice, non par une juridiction ordinaire.

Dans tous les cas, les Mauritaniens considèrent cette affaire comme un fait nouveau devant constituer une rupture définitive avec les pratiques du passé, si le procès de ces hauts responsables les sanctionne. Le président Ghazouani a démis de leurs fonctions tous les responsables (ministres ou directeurs d’entreprises) dont les noms ont été cités dans l’enquête afin de leur permettre de préparer leur défense au mieux, mais aussi pour donner la preuve d’une réelle séparation des pouvoirs. Une décision saluée par la majorité qui le soutient, notamment l’Union pour la République (UPR), parti dont sont issus tous les « responsables ». Cette dernière invite à distinguer la gestion d’un pouvoir des fautes de gestion individuelle, supposées ou réelles.

L’enquête de la CEP a révélé la disparition de milliards d’euros sur une période allant de 2009 à 2019, notamment dans des projets concernant diverses infrastructures (ports, aéroports, routes, barrages), l’électricité et

l’approvisionnement en eau potable, de foncier urbain (à Nouakchott et Nouadhibou) et rural, dans la vallée du fleuve Sénégal, notamment la région frontalière du Trarza.

Alors qu’il a reconnu dans des émissions de télévision être « très riche », l’ancien président Aziz se défend d’avoir touché à une seule Ouguiya (monnaie locale) de l’argent public. Vrai ou faux ? C’est à la justice de répondre à cette question, qui divise aujourd’hui les Mauritaniens entre inconditionnels de l’ancien chef de l’État et soutiens politiques du pouvoir actuel qui, sur cette question de biens mal acquis, sont en accord avec l’opposition.

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