Le vendredi 23 octobre 2026, l’association Empact a réuni à De Markten, à Bruxelles, une conférence-débat consacrée aux parcours de femmes, à leurs histoires d’exil, de transmission et de construction identitaire. De 18h30 à 22h00, les générations se sont croisées pour faire entendre des expériences, des héritages et des mémoires multiples.
La soirée était modérée par Soulaimane Ali, fondateur de Zmigri et juriste. Elle a rassemblé six intervenantes, Aicha Bacha, Rachida Riahi, Ihssane M’rabet Fahsi, Katrien Desmet, Agnès van Camp et Sema Aydogan, ainsi que Nora Balile, poétesse belgo-marocaine, conteuse, slameuse et chanteuse. L’Orchestre Andalou d’Amsterdam a offert une parenthèse musicale.
Partir, arriver, se sentir chez soi
Née au Maroc, partie en France pour poursuivre ses études, aujourd’hui installée en Belgique, mère de quatre enfants, docteure en sciences sociales et fondatrice-présidente du Centre Européen de Développement et d’Études Géostratégiques (ECDA), Aicha Bacha a livré un témoignage à la fois intime et analytique.

Elle a décrit trois verbes simples qui contiennent chacun toute une vie. Partir, c’est « laisser quelque chose derrière soi, sans jamais vraiment le quitter ». Arriver n’est pas un aboutissement mais un commencement : il faut reconstruire sa place, sa langue, ses repères, parfois même son nom. Se sentir chez soi, enfin, c’est « cesser de s’excuser » : d’avoir un accent, de porter deux langues, deux mémoires, deux façons de dire « chez moi ». Pour elle, le chez-soi n’est pas un endroit qu’on trouve, mais un endroit qu’on construit.
La transmission comme protection
Chercheuse sur les phénomènes de radicalisation, Aicha Bacha a rappelé que la reconnaissance, la mémoire et l’identité sont des facteurs de protection : un jeune qui connaît son histoire et peut la raconter sans honte a des racines, et « celui qui a des racines ne se laisse pas arracher aussi facilement ». Elle a plaidé pour que les femmes, qui transmettent la langue, les valeurs et les récits, soient pleinement associées aux politiques de prévention : « Reconnaître une femme, c’est reconnaître toute une chaîne de transmission. »
Un message aux jeunes générations
Elle a adressé trois messages aux plus jeunes : votre histoire a de la valeur, vos identités multiples ne sont pas une fracture mais des ponts, et vous n’avez pas à choisir. Elle a aussi rendu hommage aux femmes qui ont ouvert la route « sans carte et sans témoin », et à celles, souvent invisibles, qui se tiennent derrière chaque femme qui avance.

Sa conclusion a donné son titre à cette soirée : « Je ne suis pas divisée. Je suis multipliée. »
Et après ?
Cette rencontre s’inscrit dans une démarche plus large : l’exposition de portraits de ces femmes donnera lieu à un livre, réunissant leurs portraits et leurs biographies, pour que ces récits continuent de circuler et de se transmettre. Plus d’informations seront communiquées prochainement.
